« Prières » – Inès Halimi avec le Quatuor Ellipsos Une voix de femme, un quatuor de saxophones. Ce projet, mêlant musique et poésie, questionne les notions de sacré et de profane. “Prières”, au pluriel, c’est reconnaître l’unicité de chacun – à travers une multitude d’œuvres, littéraires et musicales – dans son cheminement intérieur. LE PROGRAMME “À quoi bon chanter, si Dieu n’entre pas dans la danse ? J’ai écrit ‘Prières’ lors de ma résidence d’écriture à la Fondation Jan Michalski, au cours de l’hiver 2023. Perchée au sommet de ma cabane d’écrivaine, plongée dans un monde de lectures, de rêveries, de marches et de rencontres – tout en parcourant chaque jour la sublime bibliothèque de la Fondation – j’ai pu lire et découvrir la poésie du monde entier : grecque, turque, persane, hébraïque, irakienne, roumaine, somalienne, japonaise… En pleine immersion poétique et musicale, durant sept semaines, j’ai élaboré un programme mêlant musique et poésie. Du-haut de mon logis, j’écoutais – des heures durant – de la musique de tous âges, afin de sélectionner un répertoire qui serait en adéquation avec cette thématique. Alors, sacré ou profane ? J’ai donc élaboré un programme musical issu de la musique sacrée et de la musique profane, avec notamment des extraits de la Grande Messe en Ut mineur et du motet Exsultate, Jubilate de W. A. Mozart; ou encore l’Ave Maria extrait de l’opéra Otello de G. Verdi. Pour ce faire, j’ai réalisé un travail de composition musicale, d’arrangement, de réduction d’orchestre et de réécriture, afin d’adapter les œuvres pour la voix de soprano et le quatuor de saxophones. En guise d’ouverture du programme, la Sonata en trio no 6 op.3 d’ A. Corelli, appelée « sonate d’église » (sonate da chiesa), est une œuvre musicale, purement instrumentale, très en vogue au XVIIe et au XVIIIe siècle. Elle est écrite pour un ou deux instruments mélodiques (tel que le violon) et elle est généralement accompagnée d’une basse continue. Corelli estimait que les « violons devaient chanter ! ». Pour cet arrangement, j’ai donc pensé à faire « chanter les saxophones », et à y insérer la voix de soprano, de telle sorte à ce que nos cinq instruments se mêlent et se répondent dans un même souffle. Pour la partie purement compositionnelle, mes pièces sont influencées par la psalmodie et le madrigal, basées sur des textes sacrés, comme le Cantique des Cantiques ou encore de la poésie soufie du 10ème et du 13ème siècle. Les quatre membres du quatuor de saxophones sont également dotés d’une belle voix. Je tenais donc à exploiter cette qualité à part entière de l’ensemble, en proposant des combinaisons de timbres et de couleurs, riches et variées, tout au long du parcours musical : quintette vocal, voix a capella, voix et saxophones, saxophone seul, etc. C’est ainsi qu’est né Le Maître d’amour, un cycle de quatre madrigaux pour cinq voix a cappella, basé sur des poèmes soufis du grand poète Ibn Arabi (1165-1240). Sensible aux accointances poétiques et spirituelles entre ce poète et le poète Mansur al-Hallaj (858-922), j’ai procédé à un travail d’assemblage de courtes poésies des deux auteurs, que j’ai tissées ensemble, afin d’obtenir un seul et même poème: Chant d’harmonie, est le fruit de ce travail littéraire et poétique, à partir duquel j’ai composé une vocalise a cappella, pour voix de soprano seule. Et il fût un temps où je priais…dans mon for intérieur, dans mes ombres et ma lumière… En parallèle de la construction musicale, j’ai écrit un recueil de poèmes autour de ces mêmes thèmes de la prière, du sacré et du profane; de telle sorte à ce que la poésie parsème le programme du concert et guide l’auditeur vers son cheminement intérieur. J’ai écrit cette poésie dans des espaces teintés d’énergies très diverses, au sein de la Fondation Jan Michalski, mais aussi dans différents pays: en Italie à Milan – où j’ai vécu quelques mois au sortir de la résidence d’écriture – puis en Suisse à Lausanne, puis en France à Paris. ‘Prières’ est ainsi le fruit de trois années de travail, d’écoute, d’observations, de pérégrinations et de rencontres… L’idée m’a littéralement « traversée » à l’été 2022, et ne cesse de m’accompagner jusqu’à Aujourd’hui, à cet instant où je vous la propose. Rêvons le présent Ancrés dans les lueurs Doutons de tout En toute confiance” – Inès Halimi
mars
17
2027



